| Je te regarde allongée dans le grand lit ensoleillé
Une lumière d'été balaye ton visage blafard
Tes yeux vitreux, inertes, au plafond sont fixés
Parcourant immobiles ton avenir au placard
Tes mains reposent, telles deux feuilles mortes
Sur le drap blanc, aux senteurs acres de suaire
De tes lèvres sèches comme un claquement de porte
S'écoule un filet de bave aux reflets verts
Du dos de la main je caresse ton bras nu
La peau sur les os, parchemin sur squelette
Tes rondeurs comme neige au soleil ont fondu
De l'humain il ne te reste que les miettes
Je te regarde allongée dans le grand lit ensoleillé
Une lumière d'été balaye ton visage blafard
Je ferme les yeux pour ne pas me laisser noyer
Pour que la terreur ne coule pas de mon regard
Tu apparais sur l'écran de mes paupières closes
Naïade au corps souple sortant de l'onde
C'était il y a un siècle, les heures étaient roses
Affichant l'insouciance de posseder le monde
Tu jouais la vie comme d'autres la souffrent
M'insufflant le plaisir de l'instant unique
Equilibriste, funambule traversant le gouffre
Bravant les dangers, ridiculisant les risques
Je te regarde dans le grand lit ensoleillé
Une lumière d'été balaye ton visage
Comme le papillon capturé, tu es punaisée
Tes ailes ne nous porteront plus au gré du hasard
Ton coeur ne bat plus que pour un semblant de vie
Ton enveloppe ne remferme plus que le vide
Les demains monotones s'écouleront ainsi
Toi vivant la mort et moi marqué de rides
Le reste de mon temps sera une agonie
Ce que tu as été sera ce qui me porte
Ce que tu es sera ce qui nous réunit
Tu seras la plus belle des natures mortes
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