| J'ai dix ans et la vie me déroule son tapis rouge
Même si la maladie m'a montré une autre réalité
Je crie, m'agite, gesticule dans la cour d'école
Sans réaliser être dans le bocal, poisson rouge
J'ai l'insouciance ancrée à ma jeunesse sucrée
Prêt à rentrer dans cette farandole un peu folle
J'ai vingt ans et attrape le temps à pleines mains
Une femme, des enfants, loup parmi son clan
Je crie, m'agite, gesticule au fond de mon antre
Je me laisse emporter sur des nuages de calins
Plein d'une énergie dont vous êtes le carburant
J'avance, je fonce, je cours le courage au ventre
J'ai trente ans, le même et cependant si différent
Pris au piège du travail, du labeur, de la connerie
Je crie, m'agite, gesticule dans l'arène du bureau
En oubliant que la vie n'est vivable que vivant
Je m'éloigne alors d'eux, ceux qui faisaient ma vie
Retenant même, à la mort du vieux, mes sanglots
J'ai quarante ans et j'ai tout envoyé promener
D'un revers de main, convenances et romances
Je crie, m'agite, gesticule allongé sur le divan
Les yeux sur mon foutu petit nombril braqués
Emporté par les tsunamis de mon esprit rance
Comprenant que mon bonheur rime avec avant
J'ai cinquante ans et il a fallu tout recommencer
Mais la copie est bien moins suave que l'original
Je crie, m'agite, gesticule dans mon petit logis
Mais personne n'est là pour regarder et m'aimer
A semer l'ordinaire, on ne récolte que le banal
Plutôt que latin, j'aurai du prendre option magie
J'ai soixante ans et putain ce que ça fait souffrir
Comme si chaque cigarette fumée était une torture
Je crie, m'agite, gesticule dans mon lit d'hôpital
Vous êtes tous là, à m'aimer, à m'aider à mourir
Dans un instant c'est la fin de ma grande aventure
J'aurai tellement aimé vous éviter tout ce moi bancal
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